Une formation peut atteindre tous ses objectifs et servir une cause qu'on préférerait ne pas servir. L'efficacité ne dit rien du sens.
Au-delà de l'impact pour le commanditaire, il arrive qu'il faille prendre du recul et se demander ce que la formation apporte au monde dans lequel elle s'inscrit, sur le plan environnemental comme sur le plan éthique.
Ce texte reprend l'épisode 3 du podcast Retour sur les attentes, consacré à l'efficience et à la sobriété dans la formation professionnelle.
Dans L'évaluation de la formation, Jonathan Pottiez cite Peter Drucker, pour qui rien n'est plus vain que d'accomplir avec efficacité une tâche qui n'aurait pas dû être entreprise.
Nous sommes là pour vous aider à évaluer et maximiser l'efficacité de vos formations. Cette remarque nous oblige pourtant à revenir en arrière d'un cran : à quoi servent-elles ?
Une formation peut parfaitement atteindre ses objectifs et contribuer à quelque chose de néfaste. Prenez un cas simple : on évalue et l'on améliore la formation d'ouvriers et d'ingénieurs qui feront tourner plus efficacement une usine très polluante, installée sur un territoire ravagé pour l'occasion. La formation aura réussi. Et alors ?
Ces questions méritent d'être ouvertes, y compris lorsqu'elles mènent loin, jusqu'à refuser, parfois, un client ou une mission.
Parler de responsabilité éthique, c'est parler des choix qu'on fait et de sa capacité à se regarder dans le miroir le matin. On ne convainc pas d'un coup : on plante une graine, et il arrive que des personnes très fermées sur ces sujets finissent par bouger.
Même une formation menée avec des réserves peut produire autre chose que ce qu'on attendait. Les Kirkpatrick parlent de bénéfices intangibles. Personne n'a de boule de cristal : on peut planifier, se fixer un cap, s'engager, on ne sait jamais exactement ce qui suivra.
Digitaliser ne suffit plus, parce qu'on a cessé de poser les bonnes questions sur ce que le numérique consomme. Remplacer un paperboard par un écran allumé trois heures ne règle rien. Une caméra en classe virtuelle consomme. Des pièces jointes volumineuses dans les convocations aussi, quand un lien de téléchargement suffirait.
Toute consommation d'énergie finit par polluer, même issue de sources présentées comme neutres. Rien n'est neutre, mais toutes les pratiques ne se valent pas non plus : animer une classe virtuelle plutôt que prendre l'avion pour aller former aux Caraïbes reste un meilleur calcul, écologiquement comme économiquement.
Des outils permettent aujourd'hui de quantifier les émissions ; le coût environnemental mérite d'entrer dans la décision au même titre que le coût financier. La réalité virtuelle en est une bonne illustration : produire et distribuer des casques en masse suppose d'extraire métaux et terres rares. Sans parler du confort d'usage, très inégal selon le matériel.
Dans quels cas le distanciel vaut-il le détour, dans quels cas le présentiel ? Poser la question, c'est déjà décider de façon raisonnée. On pourrait imaginer que l'État impose ce type de calcul dans Qualiopi, pour amener acheteurs et prestataires à intégrer l'efficience et la sobriété.
L'intelligence artificielle n'échappe pas au raisonnement : elle est extrêmement énergivore. Et elle pose sa propre question éthique : la machine doit rester au service de l'humain. Le jour où c'est elle qui dit non, on a accepté d'en devenir l'esclave.
La conclusion du livre de Jonathan le formule sans détour : sur une planète dévastée, l'efficacité de nos formations n'intéressera plus personne. Autant faire de la sobriété une priorité partout où c'est possible, y compris en formation.
Plus de technologie n'est pas nécessairement mieux. Plus de formation non plus. Il y a matière à repenser notre façon de faire, à remettre du sens dans ce que nous produisons, et à faire entrer ce sens dans nos dispositifs d'évaluation, pas seulement l'efficacité.
Une question, pour finir : vos participants pourraient-ils sortir d'une formation avec une autre vision, et l'envie de s'engager davantage sur des sujets sociétaux ou environnementaux ? Ce n'est pas la technologie qui réduira notre impact. C'est une réflexion lucide sur ce que nous consommons, et pourquoi.
Les 12 leviers de l'efficacité du transfert® · L'évaluation de la formation, de Jonathan Pottiez
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